Recommandations de l’EULAR 2021 concernant le mode de vie et la participation au travail pour prévenir la progression des maladies rhumatismales et musculo-squelettiques. 

(Extraits) 

Cinq principes généraux et 18 recommandations spécifiques ont été définis sur la base des données disponibles. Les principes généraux définissent l’importance d’un mode de vie sain, la manière dont les modifications du mode de vie doivent être mises en œuvre et leur rôle par rapport aux traitements médicaux. 

Les recommandations relatives à l’exercice physique soulignent les avantages de l’exercice sur la douleur et le handicap, en particulier chez les personnes souffrant d’arthrose et de spondylarthrite axiale. Les recommandations en matière d’alimentation soulignent l’importance d’une alimentation saine et équilibrée pour les personnes atteintes de RMD (maladies rhumatismales et musculo-squelettiques). Ces personnes et les professionnels de la santé doivent travailler ensemble pour atteindre et maintenir un poids sain.  

Il est peu probable que de petites quantités d’alcool aient un effet négatif sur les résultats des personnes atteintes de RMD, bien que les personnes souffrant de polyarthrite rhumatoïde et de goutte risquent de connaître des poussées après une consommation modérée d’alcool. Les fumeurs devraient être encouragés à arrêter de fumer. Le travail peut avoir des effets bénéfiques sur l’arthrite rhumatoïde et le sujet doit être abordé lors des consultations. 

Les maladies rhumatismales et musculo-squelettiques représentent un haut pourcentage du nombre de personnes souffrant d’invalidité en Europe. Si certaines de ces maladies bénéficient de traitements pharmacologiques efficaces qui réduisent l’activité de la maladie et améliorent donc le handicap (par exemple, la polyarthrite rhumatoïde et la goutte), d’autres n’en bénéficient pas (par exemple, l’ostéoarthrite). Outre les interventions pharmacologiques, les patients, les professionnels de la santé et les décideurs politiques demandent de plus en plus d’informations sur la manière dont les changements de mode de vie, associés à une gestion plus efficace de la maladie, peuvent prévenir la progression des RMD ainsi que l’invalidité et les comorbidités qui y sont associées. 

  1. Version vulgarisée  
  1. Introduction 

L’EULAR conseille les professionnels de la santé et les patients sur la meilleure façon de traiter et de gérer les maladies rhumatismales et musculo-squelettiques (RMD). Des médecins, d’autres professionnels de la santé et des patients ont travaillé ensemble pour élaborer ces recommandations sur le mode de vie et le travail des personnes atteintes de RMD. Les patients de l’équipe ont veillé à ce que leur point de vue soit pris en compte. 

Qu’est-ce que nous savons déjà ? Les RMD touchent un grand nombre de personnes, entraînant des handicaps et réduisant la qualité de vie. Il existe des traitements pharmacologiques pour certaines d’entre elles, comme la polyarthrite rhumatoïde et la goutte. Ces traitements peuvent réduire l’activité de la maladie et prévenir l’invalidité, mais on peut apporter davantage d’améliorations pour de nombreuses personnes. En outre, il n’existe pas de traitement pharmacologique efficace pour certaines maladies inflammatoires chroniques, comme l’arthrose. C’est pourquoi les personnes concernées cherchent souvent à modifier leur mode de vie afin d’atténuer les symptômes ou la gravité de leur maladie. 

Tous les adultes devraient adopter un régime alimentaire sain et équilibré contenant des fruits, des légumes, des noix et des céréales complètes, tout en limitant les quantités de sucre, de graisse et de sel. Nous savons également que l’activité physique est essentielle à une bonne santé et que l’obésité, le tabagisme et la consommation excessive d’alcool peuvent avoir des conséquences négatives sur la santé. Ces messages sont clairs pour la population en général, mais pour les personnes atteintes de troubles musculo-squelettiques rhumatismales, ces aspects de la santé n’ont pas encore été considérés comme prioritaires dans les stratégies de promotion de la santé musculo-squelettique. 

L’EULAR a mis en place un groupe de travail chargé d’examiner les preuves concernant la modification du mode de vie et du comportement dans sept maladies inflammatoires et non inflammatoires courantes : l’arthrose, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite axiale, l’arthrite psoriasique, le lupus érythémateux disséminé, la sclérose systémique et la goutte. 

  1. Que disent les recommandations ? 

Au total, il y a cinq principes généraux et 18 recommandations dans six catégories clés : exercice physique, alimentation, poids, alcool, tabagisme et participation à la vie professionnelle. Les principes définissent l’importance d’un mode de vie sain, la manière dont les modifications du mode de vie doivent être mises en œuvre et leur rôle par rapport aux traitements médicaux.  

Chaque recommandation est basée sur les meilleures connaissances actuelles issues d’études scientifiques et/ou d’avis d’experts. Plus une recommandation est étoilée, plus les preuves sont solides. Toutefois, les recommandations pour lesquelles les preuves scientifiques sont limitées peuvent être importantes, car les experts peuvent avoir une opinion solide même en l’absence de preuves publiées. 

(*) Il  s’agit d’une recommandation avec des preuves scientifiques limitées. 
(**) Il s’agit d’une recommandation avec quelques preuves scientifiques. 
(***) Il s’agit d’une recommandation avec beaucoup de preuves scientifiques.  
(****) Il s’agit d’une recommandation avec beaucoup de preuves scientifiques. 

  1. Exercice 

L’exercice est bénéfique pour la santé et peut contribuer à réduire les symptômes et la progression des RMD*. 

Si vous souffrez d’un trouble musculo-squelettique, votre équipe médicale devrait vous aider à trouver un type d’activité adapté à vos capacités et à votre état.  

Les personnes souffrant d’un trouble musculo-squelettique devraient faire de l’exercice en raison de ses effets bénéfiques sur la douleur, la fonction et la qualité de vie.****  

Les effets bénéfiques de l’exercice ont été démontrés pour les résultats spécifiques au trouble musculo-squelettique, tels que la douleur et l’incapacité. En général, un exercice physique approprié peut contribuer à améliorer la douleur, la fonction, la fatigue et la qualité de vie en relation à la santé chez les personnes atteintes d’une RMD. Les preuves sont plus solides pour les bénéfices à court terme (6 à 12 mois) que pour les bénéfices à long terme, bien que des bénéfices à long terme aient été démontrés pour l’ensemble de la population, pour toute une série de résultats en matière de santé. 

Les personnes atteintes de RMD devraient faire de l’exercice en raison de ses effets bénéfiques sur la douleur, le fonctionnement et la qualité de vie.**** 

Les bénéfices de l’exercice physique ont été démontrés en relation aux problèmes spécifiques des troubles musculo-squelettiques, tels que la douleur et l’invalidité. D’une manière générale, un exercice physique approprié peut contribuer à améliorer la douleur, le fonctionnement, la fatigue et la qualité de vie liée à la santé chez les personnes atteintes d’une RMD. Les resultats sont plus visibles pour les bénéfices à court terme (6 à 12 mois) que pour les bénéfices à long terme, bien que des bénéfices à long terme aient été démontrés pour la population générale sur toute une série de critères de santé. 

Si vous êtes atteint d’un RMD, vous devez éviter la sédentarité et faire régulièrement de l’exercice en fonction de vos capacités.* 

Une vie sédentaire est associée à de nombreux effets négatifs sur la santé dans la population générale, et ces effets négatifs affecteront également les personnes atteintes d’un RMD. Si vous êtes atteint d’un RMD, votre équipe soignante doit vous encourager à éviter les périodes prolongées d’inactivité physique. 

Les personnes atteintes de troubles musculo-squelettiques devraient faire tant des exercices aérobics comme de renforcement, en visant une intensité au moins modérée.****  

Des données suggèrent que les exercices d’aérobic et de renforcement sont bénéfiques pour les personnes atteintes de troubles musculo-squelettiques, c’est pourquoi vous devriez faire les deux lorsque vous faites de l’exercice. Les exercices d’aérobic, également appelés « cardio », sont des activités qui accélèrent la respiration et le rythme cardiaque. Les personnes atteintes de troubles musculo-squelettiques devraient s’efforcer de pratiquer des exercices d’aérobic d’intensité modérée (64-76 % de la fréquence cardiaque maximale) pendant au moins 150 minutes par semaine, et des exercices de renforcement tels que l’utilisation de poids ou l’entraînement à la résistance deux fois par semaine. 

Les personnes atteintes de RMD devraient être informées que l’exercice est sans danger et qu’il n’est jamais trop tard pour commencer.**** 
Très peu de personnes ont des effets indésirables liés à l’exercice. Si vous souffrez de RMD, l’exercice est un moyen sûr d’améliorer votre état de santé et il n’est jamais trop tard pour commencer à faire de l’exercice, même si vous n’étiez pas très actif physiquement avant l’apparition de votre maladie. 

Les exercices peuvent être pratiqués dans différents contextes, seul ou en groupe.****  

Il existe de nombreux types d’exercices différents et vous devez choisir celui qui vous convient le mieux. Il est prouvé que l’exercice en groupe peut avoir quelques avantages sur l’exercice individuel, et vous pourriez bénéficier de la supervision et de l’aspect social d’un cours – mais si vous préférez travailler seul, cela ne doit pas vous décourager. 

Si vous souffrez d’arthrose ou de spondylarthrite axiale, l’exercice est particulièrement bénéfique.**** 
Des études menées auprès de personnes souffrant d’arthrose ou de spondylarthrite axiale ont montré que l’exercice physique peut avoir un effet fort et constant sur la réduction de la douleur et l’amélioration de la fonctionnalité. 

  1. Régime 

Une alimentation saine et équilibrée fait partie intégrante de l’amélioration du mode de vie des personnes atteintes d’un RMD*.  

Les déséquilibres entre la quantité d’énergie que vous consommez dans votre alimentation et celle que vous utilisez contribuent à la prise de poids et aux maladies chroniques. La qualité des aliments que vous consommez est également importante et vous devez vous efforcer de réduire les aliments riches en calories, en graisses saturées et en sucres. En général, un régime riche en fruits, légumes et légumineuses est un bon choix. Votre équipe soignante vous donnera plus d’informations à ce sujet si vous en avez besoin. 

Il est peu probable que la consommation accrue ou réduite de certains types d’aliments ait des effets bénéfiques importants sur les RMD.****  

Quelques petites études ont suggéré que certains composants alimentaires devraient être augmentés ou évités chez les personnes souffrant de certaines RMDs. Cependant, les preuves sont très limitées et, à l’heure actuelle, l’EULAR estime qu’il est peu probable que la consommation d’aliments spécifiques ait des effets importants. La seule exception c’est que les personnes souffrant de goutte devaient éviter les boissons sucrées, les repas lourds et des quantités excessives de viande et de fruits de mer. 

  1. Poids 

Les personnes souffrant de RMD doivent chercher à maintenir un poids sain*. 

Chez les adultes, un indice de masse corporelle (IMC) de 25 ou plus est considéré comme une surcharge pondérale, et 30 ou plus comme une obésité. Cependant, la définition du « poids santé » varie d’une personne à l’autre. Votre objectif doit être fixé en fonction de votre âge et de votre sexe, ainsi que de votre maladie sous-jacente et de votre état de santé. Si vous perdez ou prenez du poids, cela peut avoir un effet sur certains médicaments, c’est pourquoi vous devez parler aux professionnels de la santé qui s’occupent de vous si vous êtes préoccupé par votre poids 

Si vous êtes en surpoids ou obèse, travaillez avec vos professionnels de santé pour parvenir à une perte de poids contrôlée et intentionnelle par le biais d’un régime alimentaire sain et d’une activité physique accrue.***  

Si vous avez un BMI de 25 ou plus, une perte de poids contrôlée pourrait être bénéfique. Discutez avec les professionnels de la santé qui s’occupent de vous pour savoir comment perdre du poids de manière saine en suivant un régime et en faisant de l’exercice. 

  1. Alcool 

Votre équipe médicale peut vouloir discuter avec vous de votre consommation d’alcool, en particulier si vous commencez un nouveau traitement*.  

Les professionnels de santé peuvent aborder ce sujet avec vous pour s’assurer que vous connaissez les limites à ne pas dépasser – et pour s’assurer que vous savez si vous ne pouvez pas boire pendant la prise d’un médicament particulier. 

Si vous êtes atteint d’un RMD, il est peu probable qu’une faible consommation d’alcool ait un impact négatif sur les résultats de votre maladie, sauf dans certaines situations.***  

En général, l’alcool est acceptable avec modération. L’exception serait si vous souffrez d’une maladie du foie, ou si on vous prescrit certains médicaments – par exemple, le méthotrexate ou le léflunomide. 

Les professionnels de la santé et les personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde doivent savoir qu’une consommation modérée d’alcool est associée à un risque accru de poussée et de comorbidités.***  

Si vous souffrez de polyarthrite rhumatoïde, même une consommation modérée d’alcool peut augmenter le risque de poussée de la maladie ou de développement d’autres maladies associées (comorbidités). Votre équipe soignante peut aborder ce sujet avec vous pour s’assurer que vous savez quelles sont les limites saines pour vous – et pour s’assurer que vous savez si vous ne pouvez pas boire pendant la prise d’un médicament particulier. 

Les professionnels de santé et les personnes atteintes de goutte doivent savoir qu’une consommation modérée d’alcool est associée à un risque accru de poussée de goutte.***  

Si vous souffrez de goutte, toute consommation d’alcool peut augmenter votre risque de poussée. Votre équipe soignante peut aborder ce sujet avec vous pour s’assurer que vous connaissez les risques. 

  1. Tabagisme 

Il convient d’encourager les personnes atteintes d’une RMD à arrêter de fumer et de les informer que le tabagisme a un impact négatif sur les symptômes, le fonctionnement,  l’activité de la maladie,  sa progression et à l’apparition de comorbidités.***  

Il est bien connu que le tabagisme est mauvais pour la santé. Outre les risques encourus par les personnes dans la population générale, si vous êtes atteint d’un RMD, le tabagisme peut également avoir un impact négatif sur votre maladie et aggraver vos symptômes. Si vous souhaitez arrêter de fumer, vous devriez en parler à votre professionnel de la santé afin de déterminer le soutien et les ressources dont vous pourriez bénéficier. 

Le tabagisme peut affecter l’efficacité de vos médicaments RMD.***  

La réponse à certains médicaments RMD peut être moindre chez les personnes qui fument. Si vous souhaitez arrêter de fumer, vous devriez parler à votre professionnel de la santé pour voir quel soutien et quelles ressources pourraient être mis à votre disposition. 

  1. Travail 

Le travail peut être bénéfique pour les personnes atteintes de RMD ; cette question devrait être abordée dans les consultations de soins de santé.*** 
Le type de travail que vous êtes en mesure d’effectuer dépend de votre situation personnelle. Certaines personnes peuvent trouver que les emplois physiquement exigeants aggravent leurs symptômes. Les conseils et le soutien concernant votre participation au travail doivent être fournis par votre équipe de soins de santé. 

  1. Résumé 

 Dans l’ensemble, ces recommandations couvrent une série de comportements importants et modifiables en matière de mode de vie. En général, les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé pour un mode de vie sain s’appliquent également aux personnes atteintes des RMDs,  bien que les recommandations pour chaque personne dépendent de facteurs tels que l’âge, le sexe, l’état de santé, la grossesse et d’éventuels autres problèmes de santé. L’EULAR espère que ces nouvelles recommandations seront utilisées pour guider la prise de décision partagée entre les personnes atteintes de RMD et les professionnels de la santé lors de la formulation et du suivi des plans de traitement. Les personnes atteintes de RMD et les professionnels de la santé devraient discuter régulièrement de leur mode de vie et de leur participation au travail. 
Si vous avez des questions ou des inquiétudes concernant votre maladie ou vos médicaments, vous devriez en parler à votre professionnel de la santé. 

Ressource

2021 EULAR recommendations regarding lifestyle behaviours and work participation to prevent progression of rheumatic and musculoskeletal diseases (document original complet)